À Chambéry, 5 000 manifestants contre le Lyon-Turin et la logique du profit

Le samedi 7 janvier, à Chambéry où se tient le siège du projet pharaonique aberrant de la ligne TGV Lyon-Turin, la ville était envahie par une foule venue à majorité d’Italie.

Le samedi 7 jan­vier 2006 une mani­fes­ta­tion bilin­gue de 5 000 per­son­nes a par­couru dans tous les sens la ville de Chambéry et envahi le centre de celle-ci. La ban­de­role de tête, « Non au Lyon-Turin, logi­que de profit, logi­que de mort », était portée par le Collectif Rhônalpin contre le Lyon-Turin, et ouvrait un bal d’autres slo­gans et de dra­peaux « No TAV » (non au TGV en ita­lien) rouges et blancs. Rappelons que c’est à Chambéry que siège la société d’exploi­ta­tion « Lyon-Turin Ferroviaire » et que le maire de la capi­tale savoyarde, Louis Besson, est co-pré­si­dent de la com­mis­sion inter-gou­ver­ne­men­tale sur le Lyon-Turin.

Près de 80 cars de mani­fes­tant-e-s sont venus du Val Susa (Piémont), une vallée déjà cou­verte de via­ducs et mena­cée par les nui­san­ces de 15 ans de chan­tier : l’oppo­si­tion mas­sive à ce projet de ligne TGV y bouillonne depuis une dizaine d’années. Elle a empê­ché ces der­niers mois le début des tra­vaux à coups d’occu­pa­tions, de blo­ca­ges, de grèves sau­va­ges et de cor­tè­ges inter­mi­na­bles. Elle a obligé le gou­ver­ne­ment ita­lien à refaire une évaluation d’impact envi­ron­ne­men­tal pour pou­voir répon­dre aux oppo­si­tions des popu­la­tions loca­les qui crai­gnent entre autres la pré­sence d’amiante et d’ura­nium dans les roches de la mon­ta­gne où doit être creusé un tunnel de… 53 km de long.

Les pre­miers cars, partis tôt le matin, ont fait halte dans les dif­fé­ren­tes com­mu­nes de la Maurienne. Les habi­tant-e-s du Val Susa ont pu dif­fu­ser des tracts expri­mant les rai­sons de leur colère afin de casser le consen­sus mou pro-TGV qui règne de ce côté-ci des Alpes et de tisser des liens avec les popu­la­tions fran­çai­ses, encore mal infor­mées, qui pâti­ront des mêmes nui­san­ces.

La dis­tri­bu­tion d’infor­ma­tions (ainsi que de panet­tone ou encore de mous­seux) a abon­dam­ment conti­nué dans les rues de Chambéry, alors que les pas­sant-e-s décou­vraient l’ampleur et l’enthou­siasme de la révolte de leurs voisin-e-s, aux sons des chants alpins ou par­ti­sans, des fan­fa­res et des batoo­ka­das.

A 18h, un long débat a démarré dans la salle Pierre Cot. Le Collectif Rhônalpin Contre le Lyon-Turin com­men­çait par s’y pré­sen­ter : ouvert à tout-e indi­vidu-e mais dis­so­cié de toute orga­ni­sa­tion poli­ti­que, il est né en décem­bre 2005 à l’ini­tia­tive de celles et ceux qui, à Valence, Grenoble ou Chambéry, avaient com­mencé à faire de l’infor­ma­tion sur le sujet par des débats ou des ras­sem­ble­ments.

Il a pré­senté ensuite les motifs de son oppo­si­tion au projet, suivi d’inter­ve­nants ita­liens (parmi les­quels Luca Mercalli, pré­sen­ta­teur météo sur Rai Tre, avec son noeud papillon) qui ont trans­mis en fran­çais leurs argu­ments tech­ni­ques, pré­sen­ta­tions Powerpoint et mots d’humour. De nom­breu­ses prises de parole, fran­çai­ses ou ita­lien­nes, ont évoqué entre autres les prin­ci­pes de décrois­sance, les coûts écologiques gigan­tes­ques du chan­tier, les sures­ti­ma­tions de l’aug­men­ta­tion du trafic France-Italie, les liens entre le projet de TGV et celui de Sillon Alpin, la répres­sion en Italie contre le mou­ve­ment No Tav, la tra­di­tion du mou­ve­ment ouvrier dans le val Susa et l’expé­rience acquise par cette lutte en termes d’auto-orga­ni­sa­tion.

La dis­cus­sion s’est ter­mi­née à 22h avec des pers­pec­ti­ves de lutte ensem­ble des deux côtés de la fron­tière, et l’espoir côté fran­çais que cette jour­née puisse donner de la force aux dis­si­den­ces face au faux dis­cours écologique du Lyon-Turin.

Des Lyonnais et des Lyonnaises qui ont par­ti­cipé à cette mani­fes­ta­tion met­tent en place un groupe au sein du « Collectif Rhônalpin Non au Lyon-Turin » pour faire une infor­ma­tion bien néces­saire sur la région lyon­naise. Il est ouvert à toutes et à tous, dans le même esprit que le col­lec­tif et dans l’indé­pen­dance vis à vis des orga­ni­sa­tions poli­ti­ques.

quelques photos

texte publié le 11 janvier 2006 sur Rebellyon.

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