« La ligne à grande vitesse doit être sabotée » – figure remise en liberté

Erri De Luca peut à nouveau parler au sens figuré puisque les juges ont acquitté l’écrivain lundi 19 octobre 2015, à Turin, des charges d’instigation au sabotage dont il était accusé pour avoir déclaré dans un entretien à l’Huffington Post que, sabotage et vandalisme sont nécessaires pour faire comprendre que la TAV est une œuvre nocive et inutile.

Dans La parole contraire, ouvrage rédigé pour défendre sa langue comme on défend sa tête, l’auteur, soutien du mouvement NO TAV, opposé au projet de construction de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, écrit :

Je revendique le droit d’utiliser le verbe saboter selon le bon vouloir de la langue italienne. Son emploi ne se réduit pas au sens de dégradation matérielle, comme le prétendent les procureurs de cette affaire. (…) L’accusation portée contre moi sabote mon droit constitutionnel de parole contraire. Le verbe saboter a une très large application dans le sens figuré et coïncide avec le sens d’entraver. Les procureurs exigent que le verbe saboter ait un seul sens. Au nom de la langue italienne et de la raison, je refuse la limitation de sens. (…) J’accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire.

Dans Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien, Jankélévitch propose de séparer le propre du figuré, la vérité de l’apparence, ce devenir voyageur. Pour Erri De Luca, l’insaisissable sens des mots doit se nourrir de l’expérience, point de départ de nouvelles significations, de nouvelles libertés sinon, la ligne à grande vitesse ne pourra être sabotée efficacement!

Texte publié sur Le Journal de Paris.

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