Avec la lutte contre le TGV Lyon-Turin, c’est toute la lutte qui prend une « autre tournure »

Coût du TGV Lyon-Turin : 13 milliards d’euros minimum, avec des emprunts jusqu’en 2071, alors que les banlieues fument encore et que les Assedic vont rayer plusieurs milliers de chômeurs pour faire des … économies !

À mon sens, la mani­fes­ta­tion du 7 Janvier à Chambéry qui a réuni quel­ques 5 000 mani­fes­tants est un tour­nant dans ce que l’on peut appe­ler « la lutte contre le TGV Lyon-Turin ». Cette lutte ne com­mence pas, elle se pour­suit, mais il est évident quelle prend une autre tour­nure. À ma connais­sance, rares ont été les mobi­li­sa­tions qui ont vu défer­ler plu­sieurs mil­liers de mili­tants d’un autre pays.

Alors que Cohn-Bendit pro­pose de cons­truire un TGV de Brest à Moscou pour relan­cer la cons­truc­tion euro­péenne (La croix du 10 jan­vier 2006), je pense que cette jour­née du 7 jan­vier est autre­ment plus impor­tante dans la cons­truc­tion euro­péenne. C’est en lut­tant ensem­ble pour une autre Europe qu’une iden­tité com­mune s’élabore, et non en créant des pro­jets tech­no­cra­ti­ques dictés par Bruxelles et impo­sés aux peu­ples pour répon­dre à des régles économiques qui ont déjà fait les preu­ves de leurs consé­quen­ces graves sur les popu­la­tions et leurs envi­ron­ne­ments. Mais ne nous trom­pons pas, la cons­truc­tion d’un Autre monde qui pré­serve celui qui nous a été légué, sera dure et dif­fi­cile.

Aujourd’hui, la majo­rité des habi­tants de la Savoie et du futur « grand sillon alpin » sont favo­ra­bles à un déve­lo­pe­ment économique de la région. Pouvons-nous rep­pro­cher à Mr Besson d’aller dans le sens de ses électeurs, alors que Chambéry accueille la plus grosse cen­trale pho­to­vol­taï­que de France, uti­li­sant l’énergie solaire pour pro­duire de l’électricité ? Malgré toute la sym­pa­thie de nom­breu­ses per­son­nes, la décrois­sance est une notion loin d’être par­ta­gée par la majo­rité des habi­tants de la région. Pourtant la décrois­sance de notre économie est indis­pen­sa­ble si nous vou­lons cons­truire un monde égalitaire. Sans chan­ge­ment de nos modes de vies, nous allons dans le mur. Et ce mur se cons­truit autour d’Israël, à la fron­tière entre les États-Unis et le Mexique, et autour de l’Europe. Il sera bien­tôt aussi techno-bio­mé­tri­que et cultu­rel et risque un jour d’être infran­chis­sa­ble.

Aussi bizarre que cela puisse paraî­tre, le TGV , qui est censé rap­pro­cher les villes et leurs habi­tants, nous éloigne au contraire les uns des autres. Pour les spé­cia­lis­tes tech­no­cra­ti­ques, cons­truire le TGV s’appelle « mailler le ter­ri­toire » ; pour­tant, plus nous cons­trui­sons ce maillage, plus nous en sommes pri­son­niers et plus nous rédui­sons l’espace qui a ten­dance à dis­pa­raî­tre.

Les alter­mon­dia­lis­tes ont appelé à la créa­tion « d’espace » – ainsi les forums sociaux dans leurs défi­ni­tions, ce n’est pas un mou­ve­ment mais « un espace ». L’espace s’oppose désor­mais au ter­ri­toire. Le ter­ri­toire réduit le temps en cher­chant à réduire l’espace. C’est notam­ment pour cela que nous avons une per­cep­tion de fuite en avant du temps. N’avons-nous pas l’habi­tude de dire « le temps s’accé­lère » ou « je ne vois pas passer le temps » ? Mais deman­dez au berger des mon­ta­gnes si sa per­cep­tion du temps a changé. Il vous répon­dra que non ! Car il a le temps devant lui, et l’espace à perte de vue. Il ne connait même pas « le ter­ri­toire ». Alors pour­quoi conti­nuer à détruire les ber­ge­ries et cons­truire à la place des « mailla­ges » pour des « flux humains » et « des flux de mar­chan­di­ses ». Ca y est ? Dans la tête de ces gens là, les mar­chan­di­ses ont-elles plus de valeurs que l’humain ? Apparement oui…

Mais la touche d’espoir existe : la popu­la­tion du Val de Susa a créé un espace, elle s’est levée contre ce projet comme beau­coup de peu­ples dans le monde entier. Nous le savons désor­mais, la logi­que « du ter­ri­toire » qui est celle « du capi­tal » est mon­dia­li­sée. Les peu­ples qui habi­tent les mon­ta­gnes ont tou­jours été par­ti­cu­liè­re­ment résis­tants, d’abord au froid mais aussi aux atta­ques exté­rieu­res. Au Mexique, c’est dans les mon­ta­gnes que les zapa­tis­tes lut­tent contre la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale et la perte de leurs cultu­res au profit d’une économie qui uni­for­mise tout.

Alors les Italiens qui sont venus à Chambéry ont bien eu raison de le faire, car le 7 Janvier, la lutte a pris « une autre tour­nure ».

Fakir, La Rage du Peuple contact : larage_dupeu­ple(aro­base)yahoo.fr

P.-S.

Pour ceux et celles qui le veulent, venez participez à l’Espace Zapatiste de Marseille du 18 au 22 Janvier, où il y a la possibilité de créer un atelier et/ou un débat sur la lutte du Lyon-Turin…

texte publié le 12 janvier 2006 sur Rebellyon.

This entry was posted in En France, En France - Rhône-Alpes, En Italie - Val de Suse & Turin, Textes & Analyses. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

 

Les liens des commentaires peuvent être libérés des nofollow.