De Turin à Barcelone : l’antiterrorisme comme dispositif de gouvernement

Des nouvelles de l’offensive contre-insurrectionnelle des pouvoirs européens

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Barcelone, le 18 décembre 2014

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Turin, le 10 mai 2014

– Chiara, Mattia, Niccolo, Claudio : No TAV Liberi ! –

Les 4 militant-e-s italien-ne-s du mouvement No TAV qui s’oppose au projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin étaient accusé-e-s d’avoir participé à une action de sabotage du chantier militarisé du Val Susa en mai 2013. Après des mois d’enquête, c’est le parquet antiterroriste de Turin qui avait ordonné leur arrestation en décembre 2013 et leur placement en prison de haute sécurité. En effet, la qualification pénale retenue pour l’incendie de quelques machines était « l’attentat à finalité terroriste ». Le parquet requérait 9 ans de prison ferme.

Après un an de prison sous un régime ultra contraignant, le parquet de Turin a enfin rendu sa décision ce matin 17 décembre : les 4 No TAV sont relaxé-e-s pour les chefs d’inculpations « d’attentat à finalité terroriste » et de « transport d’armes de guerre ».

C’est une petite victoire pour un mouvement qui, dès le lendemain du sabotage en question, l’assumait et le revendiquait dans toute sa diversité. En mai dernier, plus de 30 000 manifestant-e-s affirmaient dans les rues de Turin : « Nous sommes tou-te-s coupables de résister ! ». Le 22 novembre, alors que des manifestations rageuses parcouraient la France suite à l’assassinat de Rémi Fraisse, des milliers de personnes battaient une nouvelle fois le pavé en solidarité.

De toute évidence, les vagues de déclarations publiques, manifestations solidaires et sabotages en tous genres qui ont régulièrement traversé le pays depuis un an ont joué en leur faveur. Malgré tout, Chiara, Mattia, Niccolo et Claudio sont condamné-e-s à 3 ans et 6 mois de prison ferme. Partout dans le monde, les flics tuent et mutilent et sont couverts par la justice.

Les déclarations à chaud de quelques collectifs du mouvement NoTAV parlent d’un précédent historique arraché à la justice italienne à force de luttes acharnées. Un précédent qui pèsera sans doute sur les procès de Lucio, Graziano et Francesco, emprisonnés depuis juillet pour les même faits.


– Catalogne : liberté pour les anarchistes interpellés ! –

Le 16 décembre aux aurores, des centaines de policiers catalans appuyés par un hélicoptère envahissent les squats de Barcelone, interpellent 11 personnes et fouillent les lieux de fond en comble à la recherche de livres, d’affiches et de matériel informatique

Si les flics se targuent en grande pompe de « déstabiliser une organisation terroriste anarchiste », ils ne donnent que très peu d’informations sur la procédure en cours et notamment sur les faits qui fondent cette accusation : seraient en cause des dégradations de distributeurs de billets en 2012…

Le soir même dans toute l’Espagne, des milliers de personnes descendent dans les rues pour exiger la libération des anarchistes interpellé-e-s et affirmer : « Le terrorisme, c’est de ne pas pouvoir manger jusqu’à la fin du mois. » Des barricades sont érigées à Barcelone et à Madrid pour se protéger des agressions policières.

Quelques images des manifestations de Barcelone hier soir : http://disopress.com/gallery.php?mode=all&id=NzIwMTEzMWU2ZjI5Nzc%3D&page=1

Plus d’infos sur cette affaire : http://www.non-fides.fr/?Espagne-Grosse-vague-de

« L’idée qui prévaut dans les législations antiterroristes est que tout le monde peut être un terroriste en puissance. Les faits semblent d’ailleurs le confirmer : les jeunes qui se font exploser un peut partout dans le monde sont vraiment quiconque. Ils proviennent de diverses classes sociales, certains viennent de pays lointains mais beaucoup sont des homegrown terrorists, qui ont grandi dans le pays même où ils commettent leur attentat. L’alarme quant au risque terroriste doit être permanente, la peur qui en dérive doit être quotidienne, les espaces à protéger à l’aide de caméras de surveillance, de policiers et de soldats doivent être partout. Cette omniprésence de la menace peut être articulée plus précisément selon les circonstances. Le profil du terroriste est donc à géométrie variable en fonction du contexte : ce sera un Tchétchène à Moscou, un Arabe dans le métro de Londres, un anarchiste sur une place d’Athènes, un No TAV dans les rues de Turin. Il est ainsi possible de stigmatiser assez facilement des populations ou des mouvements entiers »

– Extrait de la brochure « No TAV, terrorisme et contre-insurrection », traduite en français par ici : http://juralib.noblogs.org/2014/05/20/no-tav-terrorisme-et-contre-insurrection-welcome-to-the-terrordome/

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Sources :
http://www.notav.info/
https://directa.cat/

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