La construction des nouvelles LGV en France (première partie)

[Auvers] La LGV va passer sur une plantation d’exception

Hubert Guillais devant le piquet vert qui délimite le tracé sur le terrain : « toute cette plantation va passer à la moulinette ! » Photo

Hubert Guillais devant le piquet vert qui délimite le tracé sur le terrain : « toute cette plantation va passer à la moulinette ! »

De cette plantation de fruitiers et de feuillus précieux, les bulldozers ne feront qu’une bouchée. La LGV doit passer là. Au grand désespoir du Sabolien, Hubert Guillais. C’est pour lui, 30 ans de travail anéanti.

Des cormiers, des merisiers, des alisiers mais aussi de superbes noyers (des Juglans Nigra d’Amérique et des Regia). Expérimentale, cette plantation exceptionnelle est condamnée par le passage de la LGV Bretagne-Pays de la Loire.

« Je suis exproprié de la totalité de la parcelle, soit 3 ha environ », signale Hubert Guillais, qui avait fait ses premières plantations en 1981.

« On demande des indemnisations décentes »

Le 16 juillet dernier, Hubert Guillais a reçu par recommandé l’arrêté de cessibilité : « Je ne suis donc plus chez moi. »

Certes, Hubert Guillais était au courant depuis bien longtemps : « D’ailleurs, cela fait quelques mois que je ne travaille plus sur cette parcelle. À quoi bon ? elle va passer à la moulinette. C’est 30 ans de travail anéanti. J’ai envie de pleurer quand je vois ça. »

Mais, ce qui fait bouillir Hubert Guillais, c’est cette absence de dialogue avec Eiffage Rail Express (ERE). « On ne peut jamais avoir Eiffage, on nous fait passer par des cabinets qui font tampon, c’est l’écran total ! »

« Les dés sont pipés »

Ce que demande Hubert Guillais, « c’est qu’on m’indemnise sur des bases décentes. J’ai travaillé pour planter, tailler et former ces arbres. Ces noyers, avec leur bille de 7 m, ne demandaient plus qu’à grossir. Je veux juste que soit chiffrée la valeur d’avenir de ces arbres », insiste Hubert Guillais qui, dans quelques années, aurait pu prétendre vendre son bois à 2000 € le m3.

Hubert Guillais le dit tout net : « Si le sujet n’était pas sérieux, cela prêterait à rire. Il faut savoir quand même que l’enquête parcellaire est fausse, puisqu’elle a été faite sur des plans qui ne sont pas définitifs ! »

Et ce Sabolien de renchérir : « Toutes les procédures sont respectées, les délais aussi… mais les dés sont joués d’avance, pire, ils sont pipés depuis le début ! »

Mais pas question pour Hubert Guillais de lâcher le morceau comme ça. « Je les ai prévenus qu’ils ne m’auraient pas comme ça. On me dit que je ne suis plus chez moi, mais en contrepartie, je ne sais pas comment je serai indemnisé. »

Et de conclure : « On me vole ma plantation ! Qu’on me donne alors le foncier pour que je recommence à planter ailleurs. »

Leur Presse (Maville.com, 14/8/2012)

[Pays Ruffécois] La LGV déjà inscrite dans le paysage

La trouée s\'esquisse au premier plan, le colmatage des fuites au second. 	Photo CL
La trouée s’esquisse au premier plan, le colmatage des fuites au second.

Depuis l’aube du temps, chacun vit sa vie de chaque côté du horst de Montalembert. Au nord, ceux de Sauzé-Vaussais; au sud, ceux de Montjean et Londigny. Ils se connaissaient pourtant grâce au commerce local et aux alliances familiales. Mais pour se voir, il fallait grimper sur cette immense colline ou la contourner. Désormais, ils pourront se regarder par le gros bout de la lorgnette (trouée) qui est en train de voir le jour avec la construction de la ligne à grande vitesse.

Au village de la «Montée-Rouge», une maison est encore debout sur l’emprise, offrant un spectacle de désolation. Au sommet du horst, un bulldozer laboure la terre et sème de la chaux pour tenter de calmer les ardeurs d’une source créée par le décapage. Ses chenilles passent et repassent pour tasser le sol. Une tache blanche recouvre l’argile rouge. On vient visiter les travaux, mais les visages ne sont pas joyeux.

La grogne monte au sommet de la colline

Une grosse pelleteuse ouvre la saignée où passeront les TGV. «La trouée sera profonde de 17 mètres», indique un agriculteur de la Jarrige. L’argile arrachée à la colline est transportée vers la plaine, vers Sauzé-Vaussais où quelques passages créés avec des buses de béton seront réservés au petit gibier. Où le passage de la ligne en remblai est bien esquissé.

Les petites routes et les petits chemins sont couverts de panneaux: déviation! Et bientôt, les communes devront les renommer: la route du Paradis deviendra l’impasse de la LGV. La grogne monte au sommet de la colline. À Sauzé-Vaussais comme alentour, on s’attendait à des retombées économiques. Mais il faudra se contenter de la poussière soulevée par le passage des engins de chantier. À Montjean et Londigny, de chaque côté de la RD 28, c’est le même paysage! Plus bas, dans la vallée de la Péruse, c’est la désolation. Ce qui était le plus beau ruisseau du coin n’arrive plus à sécher ses larmes. De chaque côté de la rivière, les collines vont être trouées. Entre les deux, un remblai! La fin des promenades bucoliques. Ici, certains auraient aimé un petit tunnel et un viaduc pour préserver un site remarquable.

[Sud Charente] Des inquiétudes sur les travaux LGV à Saint-Vallier

«La voirie communale reste une préoccupation», assure le maire (à droite). Photo CL

«La voirie communale reste une préoccupation», assure le maire (à droite).

Voilà plusieurs mois que Saint-Vallier subit les prémices des travaux nécessaires au passage de la future ligne à grande vitesse (LGV): opérations d’archéologie préventive, prospection pour déterminer la présence d’éventuels vestiges, déboisement… La commune se prépare désormais aux «vrais» grands travaux.

«Ils viennent déjà de s’enclencher depuis plusieurs jours, constate le maire Patrick Favreau, qui reste vigilant, même après les réunions avec les responsables de Cosea, chargé de la conception et de la réalisation de la LGV: «Ce ne sont jamais les mêmes,constate-t-il, et des réponses au téléphone sont toujours des plus évasives.»

«Comment peut-on être rassuré quand on reçoit le 17 août en mairie une demande d’arrêté de circulation sur la voie communale une (VC1) pour création d’accès de chantier avec traversée d’engins, concernant des travaux allant du 20 août 2012 au 31 décembre 2014?» interroge le premier édile. D’une part, ils sont à présenter 21 jours calendaires avant le début des travaux et ces mêmes travaux sont déjà commencés…»

Des pelles de fort tonnage ont été débarquées sur la chaussée, des fossés ont été comblés à proximité de «Rabouin» et des bassins de rétention réalisés.

«On nous avait promis un état des lieux préalable des chaussées, or rien n’a été fait et les premières dégradations commencent sur un réseau qui devait être renforcé. Cosea a peut-être une crédibilité à soigner» conclut le maire.

Leur Presse (Charente Libre, 21-22/8/2012)

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