27 juin 2011 – Lyon-Turin : 2000 policiers attaquent le camp No TAV, la lutte continue contre le TGV

Ca fait des années qu’on résiste dans le Val Susa contre cet énorme projet de dévastation de l’environnement qu’est la ligne de train haute vitesse (TAV) Lyon-Turin. L’état n’apprecie pas, et cherche à forcer la main avec un dispositif policier exceptionnel. Lundi matin le piquet-camping des No Tav a été attaqué et expulsé. La lutte se réorganise
Allons les soutenir : Manif du 3 juillet, le Val de Suse appelle les Lyonnais-es

Le piquet per­ma­nent contre les chan­tiers du TGV (TAV) Lyon-Turin à Chiomonte, dans la vallée de Susa en Italie (à la fron­tière avec la France), a été atta­qué et dis­persé manu mili­tari lundi matin (27/06).

2000 poli­ciers au total ont été envoyés. Un véri­ta­ble assaut mili­taire. Le piquet était là depuis un mois pour coor­don­ner les actions contre cette œuvre des­truc­trice, et aussi pour empê­cher l’accès des exca­va­teurs au site prévu pour le méga-tunnel trans­fron­ta­lier, dans la loca­lité la Maddalena. Le gou­ver­ne­ment a cher­ché de forcer la main, ils doi­vent faire vite car l’UE menace d’arrê­ter de finan­cer les tra­vaux s’ils ne com­men­cent pas le per­ce­ment des tun­nels avant la fin du mois, et même de repren­dre les quel­que 672 mil­lions d’euros qui ont été inves­tis jusqu’ici. Ce projet, toute la vallée s’y oppose. Juste le soir d’avant (diman­che) une manif NoTav a vu quel­que 10 mille par­ti­ci­pants. C’est un projet qui vise à bou­le­ver­ser une vallée entière. Du ciment, là où il y en a déjà beau­coup (une auto­route et une ligne de chemin de fer déjà exis­tants, dans une vallée qui est assez étroite), et puis le per­ce­ment d’une mon­ta­gne pleine d’amiante. Ils ont beau tous les poli­ti­ciens répé­ter que c’est néces­saire, que c’est le pro­grès. Personne en veut de ce pro­grès là, sauf quel­que maire bien payés par le gou­ver­ne­ment.

Vers 5h ils ont com­mencé à faire sortir les trou­pes. Ils ont com­mencé par atta­quer les bar­ri­ca­des que les No Tav avaient monté sur les routes d’accès au site du chan­tier. L’hélico sur­veillait le ciel. Puis ils arri­vent au piquet – c’est un cam­ping, beau­coup de gens y dor­ment dedans – et là ils « pro­po­sent » aux gens de partir, tout le monde laissé libre de partir s’ils quit­tent le lieu. Refus sec de la part des part­ci­pant-es au piquet. Et là les bleus com­men­cent leurs atta­ques à coup de lacry­mos – ils en balan­cent une mon­ta­gne, des tentes com­men­cent à cramer – puis de matra­ques. Les No Tav s’atten­daient un coup comme ça, c’était déjà dans l’air, illes ont cher­ché à résis­ter, à repous­ser cette marée bleue. Mais fina­le­ment les flics sont entrés ; der­nière solu­tion pour les résis­tant-es, la fuite dans les bois. Le bilan, selon leur presse, est d’envi­ron quatre-vingts de bles­sés, dont une cin­quan­taine de flics.

Officiellement le chan­tier est ouvert, le minis­tre de l’inté­rieur s’est pressé à l’annon­cer. Mais comme on répète dans le Val Susa, la bataille vient juste de com­men­cer. Hier après-midi se sont dérou­lées plu­sieurs manifs de réponse, les routes de la vallée ont été blo­quées pen­dant plu­sieurs heures, et des grèves de soli­da­rité ont eu lieu dans les usines de la zone. Des par­ti­ci­pant-e-s au piquet, retour­nés sur place dans l’après-midi pour récu­pé­rer leurs affai­res aban­don­nés pen­dant l’assaut, ont encore été agressé-e-s par les flics sur place.

Des manifs de soli­da­rité avec le mou­ve­ment No Tav se sont tenues aussi dans l’après-midi à Turin, Milan, Bologne, Rome. Des autres actions dans la vallée sont pré­vues à partir d’aujourd’hui. Et une manif pour diman­che pro­chain, dont le lieu et l’horaire seront défi­nis dans les pro­chai­nes heures.

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Le destin du projet est aussi étroitement lié au consen­te­ment du gou­ver­ne­ment fran­çais : parmi les condi­tions que la Commission euro­péenne pose pour octroyer le deuxième volet des finan­ce­ments il y a la signa­ture d’ici la fin du mois d’un nouvel accord entre les deux pays, pour le per­ce­ment du mega-tunnel trans­fron­ta­lier de 54 kilo­me­tres.

Voici la tra­duc­tion d’un appel du piquet du 24 juin :

Italie (Piémont) : Appel de la République Libre de la Maddalena NoTAV
Depuis envi­ron un mois, en Val de Suse, est née et vit la République Libre de la Maddalena. Beaucoup plus qu’un ras­sem­ble­ment mis en place pour empê­cher la réa­li­sa­tion du chan­tier pour le tunnel explo­ra­tif fonc­tion­nel au TAV Turin-Lyon. Un ter­ri­toire libéré, qui n’appa­raît sur aucune carte du consen­sus. Un ter­ri­toire dans lequel les gen­dar­mes et la police ne ren­trent pas. Dans lequel on par­tage de la bouffe, des débats, de la musi­que et la cons­truc­tion des bar­ri­ca­des. Un espace sous­trait à la sou­ve­rai­neté de l’État. Un espace dans lequel on vit mieux que dans les peti­tes cel­lu­les métro­po­li­tai­nes, dans la réclu­sion domes­ti­que devant la télé, dans les rues vides de ren­contres et four­millan­tes de mar­chan­di­ses. Le Progrès nous y avons déjà goûté, et ça ne nous a pas plu. Au sein de cette République Libre, qui s’agran­dit d’une bar­ri­cade à l’autre, se renou­vel­lent la fra­ter­nité, la proxi­mité, la com­mu­nauté des Alpes rebel­les. La lutte contre le TAV c’est, de fait, la lutte contre toute la classe domi­nante qui le veut, le défend, l’impose. Elle est en voie de deve­nir la lutte de l’union contre l’État.
Nous invi­tons les amants de la liberté à nous rejoin­dre. Contre le TAV. Pour défen­dre un ter­ri­toire libéré, au risque d’en être expul­sés dès diman­che 26 juin. C’est l’heure !

Des cama­ra­des de la République Libre de la Maddalena
Traduit de l’ita­lien (Informa-Azione), 24 juin 2011

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texte publié sur Rebellyon le 1er juillet 2011.
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